Interview Mike Lorenzo-Vera

Mike Lorenzo-Vera

Interview

Mike Lorenzo-Vera

date: 25/12/2019


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Au Pays Basque les Golfs sont très bien faits

Aujourd’hui tu es en vacances au Pays Basque. Étant natif de la région est-ce qu’elle te manque ?

Les meilleurs moments de l’année sont ici quand je retrouve mes amis et mes proches. Hier je suis allé me balader avec mon fils à la Côte des Basques et au Rocher de la Vierge et c’est vrai qu’on oublie à quel point c’est beau !! Quand on habite ici on finit par trouver cela normal, alors que je vous le garantis ce n’est pas la norme. Hier j’étais scotché !! C’est un grand plaisir de rentrer pour ces moments-là.

Quand tu rentres c’est essentiellement pour te ressourcer avec tes proches et ta famille. Est-ce que tu en profites quand même pour t’entraîner sur les parcours de la région ?

Je me force à ne pas y aller… J’ai quand même participé à une partie caritative avant hier au golf de Biarritz le Phare.  J’étais ravi parce que ça faisait des années que je n’avais pas joué ici. J’y prends encore plus plaisir aujourd’hui après avoir découvert des parcours dans le monde entier. Revenir dans cet endroit c’est toujours spécial. Ce petit jardin qui est fait comme il faut, c’est canon !

Penses-tu qu’on pourra un jour accueillir un tournoi du circuit Européen au Pays Basque ou dans les Landes ?

Au Pays Basque c’est impossible, les parcours sont magnifiques, certains sont même extraordinaires en termes de beauté mais ils ne sont pas assez compétitifs, ils sont trop courts… Ils sont tout de même très bien conçus et totalement adaptés aux golfeurs amateurs. D’ailleurs ils savent accueillir un grand nombre de touristes et ils le font très bien.

Il y a plus de place dans les Landes les parcours sont plus longs et plus modernes. Je pense qu’ils pourraient accueillir des championnats. Ils ont les structures nécessaires pour organiser de gros tournois et avec de la préparation pourraient accueillir un tour Européen sans problème.

Les golfs du Pays Basque et des Landes sont très complémentaires finalement…

Pour rebondir sur les golfs du Pays Basque «bien faits» comme tu dis. Quelles sont leurs particularités ?

Pour moi il y a deux parcours vraiment incroyables, Chiberta et le Golf du Phare. Ce sont deux vieux parcours, dessinés par des Anglais et il faut le reconnaître, ils savaient bien y faire.

Ils sont complétement différents. Chiberta est magnifique grâce à son panorama et la qualité du parcours.

Au golf du Phare c’est l’ambiance qui est extraordinaire. C’est un splendide « petit jardin » chargé d’histoire qui est en plus jumelé au golf d’Augusta. On y rentre un petit peu comme dans un club avec une esprit à l’anglaise. L’accueil y est tellement bon et l’on s’y sent bien.

Je sais que le golf de Bassussarry est un parcours auquel tu es très attaché peux-tu nous dire pourquoi ?

Oui c’est vrai. Au Makila j’ai rencontré mon premier coach et c’est sur ce parcours qu’il m’a mis dans des conditions d’entrainement optimales. J’ai appris à me perfectionner à cet endroit. D’ailleurs mes parents ont fait construire une maison sur le golf de Bassussarry. Je me souviens qu’en été j’allais taper la nuit sur le départ du 15.  Je n’y voyais rien donc j’écoutais mes coups de fer 3 pour savoir si j’étais dans le green ou dans le bunker ! D’autres fois on amenait la voiture d’Arnaud (ndlr ami d’enfance et manager aujourd’hui) sur le green du 11 et on mettait les pleins phares pour faire des concours de chip ! Si j’en suis là aujourd’hui c’est grâce au Makila golf club à Bassussarry.

J’ai un souvenir de ta victoire de la Biarritz Cup en 2003 avec un record du parcours à l’époque. Peux-tu nous parler de ce moment ?

J’avais 18 ans, à ce moment-là j’ai cru que j’étais Woods !! rire. C’était dingue et il y avait un public extraordinaire ! Je gagne avec un birdie en play off. C’était des émotions énormes ! Je me souviens de ce petit put de 3 mètres droite gauche… Il y avait vraiment du monde. Plus que sur certains tournois du circuit Européen. Ce jour-là je ne pouvais pas perdre surtout avec ce public à bloc derrière moi !

J’aimerai faire un petit retour en arrière, sur ton histoire avec le golf et le début de ta carrière. Nous savons que ton frère Franck est également tombé dedans. Quelle a été l’influence de vos parents ?

Quand mon père était gamin, il amenait des oranges au golf de Ténérife aux Canaries. C’était dans les années 50 pendant la période de Franco. Il faut bien comprendre que le golf était inaccessible pour mon père à cette époque, c’était très fermé et privatisé. Il y avait des grands murs pour bloquer l’accès. Il m’a raconté qu’il avait essayé de regarder par-dessus ces murs mais que les gardes leur jetaient des cailloux. Donc il s’est toujours dit le golf c’est inaccessible, point barre…

Ensuite la vie à fait que ma famille est venue s’installer au Pays Basque. Ici tout était diffèrent, le golf comme le surf, le rugby ou même la Pelote Basque étaient accessibles à tous. Mais mon père n’arrivait pas à passer le cap… Pour lui le golf était toujours un sport élitiste, donc pas pour nous… Il était encore marqué par son expérience d’enfant. Un jour ma mère a décidé d’inscrire toute la famille à un stage au centre d’entrainement du golf d’Ilbarritz. C’est là que j’ai été piqué par ce jeu ! J’avais 6 ans.

De là, j’ai débuté à l’école de Golf d’Ilbarritz, j’y suis resté jusqu’à mes 9 ans. Ensuite je suis allé à Bassussarry où j’ai rencontré mon premier entraineur Jean Lamaison. C’est lui qui a mis le feu dans mes veines, il m’a mis le diable pour ce jeu !! Rire…

Jean a très vite compris que j’avais des facilités, il a donc fait en sorte de m’aider pour que je n’ai plus à payer les balles et les parcours. Le but était de soulager mes parents financièrement et que je puisse avoir la masse d’entrainement nécessaire pour atteindre le plus haut niveau. C’est Jean qui a fait en sorte que le Golf de Bassussarry m’aide et m’accompagne. Bien sûr mes parents finançaient une partie mais le service fourni était bien plus important.

Ensuite je suis allé en équipe à Biarritz parce que le niveau y était plus intéressant pour moi.

Jusqu’à mes 16 ou 17 ans ce sont mes parents et les golfs locaux qui m’ont permis de me perfectionner. Puis j’ai intégré l’équipe de France…

A quel moment as-tu voulu devenir joueur de golf professionnel ?

Il y a eu deux moments décisifs.Le premier c’est Woods au Masters en 97, il m’a fait rêver. Je me suis dit : je veux être lui !! Le deuxième c’est une conversation avec mon coach de l’époque Jean Lamaison au tournoi de Seignosse. Il m’a demandé, tu veux faire quoi plus tard ?  J’ai répondu : je veux être pro. Ok, mais pro comment ?  Je lui ai répondu : être sur le Tour Européen. Jean me coupe et me dit : c’est TOUT !? J’ai dit, NON ! Je veux battre tout le monde ! Il a conclu : très bien, maintenant on va tout faire pour que tu y arrives, par contre tu vas devoir travailler et travailler dur !! C’est que j’ai fait. Dans mes débuts il a été un homme clé.

Interview Mike Lorenzo-Vera

Pour la future saison il va y avoir deux évènements majeurs à savoir les Jeux Olympique et la Ryder Cup. Font-ils partie de tes priorités ?

Les Jeux Olympiques, j’irai si je suis qualifié, c’est à dire si je suis dans les deux meilleurs français au classement mondial. Maintenant l’évènement qui me fait le plus rêver c’est la Ryder, je la mets même au-dessus des Majeurs. J’aime l’esprit d’équipe que dégage ce tournoi mais aussi le côté « fight » avec le public. Je rêverai de mettre le dernier put aux États-Unis et de me retourner vers les Américains avec un grand sourire !!

Aujourd’hui tu te connais bien. Quels sont tes points forts ?

Au niveau qualité golfique, mon petit jeu et mon jeu de longs fers sont très performants. Je suis aussi très bon avec mon bois 3. Maintenant depuis 2 à 3 ans je commence à être fort mentalement et c’est en grande partie grâce à Meriem ma psychologue.

Au fil des années nous avons remarqué une constante progression au niveau de ton putting. Quel est ton secret ?

Très bonne question ! Je me refuse de tomber dans le cliché comme quoi le putting c’est difficile. Beaucoup se prennent la tête avec la technique. Alors bien sûr j’essaye de faire fonctionner le putter correctement mais pour le reste je pense que ce n’est que de la visualisation. C’est tellement compliqué de maitriser une chose au millimètre près… Il faut se laisser une marge d’erreur. Plus tu vas essayer d’être précis au putting moins tu auras de réussite. J’essaye juste de visualiser la balle qui arrive avec une bonne vitesse. C’est essentiellement de l’imagination. Je vous garantis que si on avait que 10 secondes pour putter on putterait mieux !

Quels sont les secteurs de ton jeu qu’il te faut améliorer ?

Pour moi c’est le driving. Une statistique dit que les 10 meilleurs joueurs au monde gagnent 75 % de leurs points au driving. La distance est un élément clé. Aujourd’hui je suis à 302 yards de moyenne avec 53 % de fairway. Si je gagne 10 à 15 yards de distance en gardant 53 % de fairway je peux rentrer dans le top 20 ou 30 mondial juste avec ces statistiques. La bonne nouvelle : c’est plus simple de gagner de la distance plutôt que d’augmenter le pourcentage de fairway. Donc on travaille dessus avec mon équipementier et mon staff.

Qui sont les personnes qui t’entourent aujourd’hui ?

Mon agent Joe Shuchat, mon coach Mike Walker, mon préparateur physique Kevin Duffy, qui travaille avec Adam mon kiné et enfin Meriem Salmi ma psychologue. Et Coach love Camille Lorenzo-Verra ! rire.

Quels sont selon toi les joueurs les plus impressionnants sur le tour ?

Rory Mc llroy. Ce qui est fou chez lui c’est qu’il peut avoir un moment de creux et ensuite refaire une année ou il ne sort pas du top 5 en Majeurs, il gagne 6 tournois et fini second du classement mondial. Franchement chapeau. Un mec comme Rham est impressionnant physiquement, c’est brutal avec lui Et aussi il y a Koepka. J’aimerai revoir un joueur de la trempe de Woods mais je ne suis pas certain qu’on ait la chance d’assister à nouveau à ce qu’on a vu il y a 15 ans…

Compte tu revenir habiter au Pays Basque avec ta famille à la suite de ta carrière ?

On y réfléchira. Sourire.

Shaun et Brendan Hegarty

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